Françoise Du Chaxel


lauréate de Collidram 2012
avec Ce matin la neige ; éditions théâtrales

 

 

« Mardi 19 Juin, je reviens de Strasbourg, dernière étape de mon tour de France Collidram à la rencontre des collégiens. J’ai la tête pleine de visages et de regards, pleine de leurs questions et de leurs silences aussi.

C’est si mystérieux et troublant le rapport entre un auteur et ses lecteurs. Comment ont ils accueilli mes mots? De quoi ont ils rêvé en les lisant?

 Alors là, savoir que  des collégiens, de 11 ans à 15 ans,  ont choisi ce texte que je n’ai pas écrit » pour » eux, mais où j’ai tenté, en mêlant l’histoire intime de deux adolescents à la grande Histoire, de dire la difficulté de grandir surtout lorsqu’on a constamment des choix à faire, c’était d’autant plus troublant.

Lorsque Pascale Grillandini m’a dit que « Ce matin, la neige » faisait partie de la sélection du prix Collidram, j’ai été surprise et ravie, tant je trouve passionnante l’aventure que représente ce prix, pas le prix lui même bien sûr, mais ce voyage dans le théâtre qui s’écrit aujourd’hui qu’il fait faire aux collégiens , les fans de lecture comme les si nombreux rétifs. Et l’exigence de la sélection qui ne cherche pas à leur plaire mais à les emmener très loin.

 Puis il y a eu la rencontre entre les auteurs et les collégiens d’Ile de France à la Médiathèque Marguerite Duras et le sentiment que les textes de Pauline Sales, David Lescot et Samuel Gallet étaient plus proches d’eux. Quelques jours plus tard, le coup de fil de Pascale annonçant la nouvelle de leur choix m’a étourdie tant je ne m’y attendais pas. Etourdie de surprise mais aussi de joie bien sûr et de fierté. Puis vint l’impatience de les rencontrer pour entendre leurs questions, pour les voir aussi.

Première rencontre à Radio Aligre avec des délégués de deux classes, l’une avait choisi mon texte, l’autre pas lors de la première sélection. Les uns sont en 6e, les autres en 3e. Autour du micro ils sont timides, moi aussi et je commence à entendre ce qu’ils ont lu derrière mes mots. Je n’imaginais pas que des enfants si jeunes, ceux de 6e, auraient été si sensibles à ce texte . Leurs questions font revivre Anna et Thomas, m’obligent à revenir sur la fabrique de l’écriture.

Toutes les rencontres qui ont suivi m’ont fait faire ce chemin. Peu à peu, je comprenais mieux leurs étonnements et leurs enthousiasmes. Leurs questions m’aidaient à préciser ce que c’est que d’écrire du théâtre. » Pourquoi on ne sait pas avant que Anna est enceinte? »,  Parce que il ne faut pas tout dire, qu’il faut laisser des creux à remplir par le lecteur ou le spectateur. « Pourquoi vous avez fait mourir Pedro? » Je ne sais pas. Sans doute parce qu’Anna, pour grandir encore, devait rencontrer la mort après l’amour sur son chemin. « Pourquoi c’est écrit comme de la poésie? » C’est vrai, pourquoi? Parce que c’est ainsi que je l’entendais en l’écrivant.

J’avais l’impression de ne pas répondre ce qu’il fallait, d’ouvrir encore plus de vides, mais a t’on vraiment besoin de tout savoir? Comme toujours il y avait ceux qui posaient des questions et ceux qui n’en posaient pas mais que j’entendais et à qui je répondais sans doute.

Strasbourg, Illkirch, Soulz, Niederbronn, Pont à Mousson, Saint Priest …etc

Il y a eu des rencontres intimes dans une salle de documentation ou dans une médiathèque et des  rencontres plus solennelles dans des salles  de spectacle, et l’émotion de la remise du prix à Montreuil avec les surprises qu’ils avaient préparées, mais j’ai toujours senti qu’ils étaient là, tout proches, même ceux qui ne disaient rien ou qui faisaient ceux que ça n’intéresse pas .

 Et puis je garde pour la fin ce moment précieux où une jeune fille est venu me dire lorsque j’allais partir : « Voilà les deux phrases que je préfère dans votre texte: Mon père me regarde devenir belle. Je le regarde devenir fier. »  Un beau cadeau! »

Françoise Du Chaxel

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