Suzanne Lebeau

Bruit des os
Lauréate du prix Collidram 2010
avec LE BRUIT DES OS QUI CRAQUENT
éditions Théâtrales

Le Bruit des os qui craquent et COLLIDRAM

Oui, il est beau ce prix, il est précieux. Il dit ce que les mots souvent ne savent pas expliquer. Il  me rassure sur  l’intelligence féroce des jeunes lecteurs, des jeunes spectateurs. Il crie leur force morale, leur curiosité sans limites pour le monde qu’ils habitent.

Je vous raconte brièvement l’écriture et la carrière du texte et vous comprendrez la profondeur de ma joie.  Je marchais à Montréal contre la guerre en Iraq en janvier 2003. Il faisait moins 40 degrés. Enfants et adultes marchaient main dans la main. Trois mois plus tard, nous étions encore ensembles, enfants et adultes, devant nos postes de télé pour regarder en direct la guerre qui venait d’être déclenchée. Je pensais aux enfants qui perdaient leur maison, leurs amis, leur école. Je pensais à nos enfants qui avaient marché dans un froid sibérien. Je pensais aux questions qu’ils devaient se poser sur les adultes qui vivent avec de si grandes contradictions… quand j’ai vu un documentaire sur les enfants soldats, dans une analyse et une mise en contexte qui m’ont bouleversée, moi qui ai toujours l’impression d’avoir beaucoup vu et de rester aux aguets.

Je réalisais, peut-être parce que j’étais à réfléchir sur l’enfance en temps de guerre, que ces enfants soldats vivaient la pire de toutes les situations, celle d’être à la fois victime et bourreau sans avoir choisi leur destin. Ils sont kidnappés, drogués, entraînés dans des gestes qui leur font oublier toute possibilité de retour à la vie normale. J’étais bouleversée et incapable d’oublier. Je sentais l’appel de la page blanche mais je doutais, bien sûr de la possibilité d’écrire l’histoire d’un enfant soldat pour nos enfants que nous essayons désespérément de protéger de la vie elle-même.

Ce sont les enfants qui m’ont donné le courage d’écrire ce texte, ceux de chez nous à qui je suis allée montrer le documentaire qui m’avait tellement bouleversée. Ce sont les enfants qui m’ont permis de croire à la résilience, ceux que je suis allée rencontrer en RDC, deux ex-enfants soldats pendant 5 ans. Ce sont les jeunes spectateurs qui m’ont donné le courage d’inviter les écoles et les jeunes publics aux représentations car ils ont su lire l’histoire d’espoir dans Le bruit des os qui craquent quand les adultes se sentaient désespérément coupables, responsables et impuissants.

Enfin, ce sont les collégiens, vous tous qui avez lu, analysé, commenté, discuté et choisi une histoire dure, c’est vrai, une histoire dure mais vraie, qui malheureusement dure encore dans un monde sans bon sens. Merci d’être lecteurs d’abord, êtres humains et citoyens braves et clairvoyants. Merci de ce courage que vous me donnez de croire encore à un monde meilleur, vous tous qui êtes notre avenir.

Suzanne Lebeau

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