Archives de catégorie : Mots d’auteurs

Sylvain Levey


lauréat du prix Collidram 2011
avec Cent culottes et sans papierséditions Théâtrales     

 

C     C’est pas du bidon ce prix, j’étais très fier de l’avoir après notamment Sébastien Joanniez et Suzanne Lebeau et mes deux éditeurs aussi Pierre Banos et Françoise Du Chaxel.

O       ô joie que d’apprendre la nouvelle alors que j’attends un train qui ne vient pas à la gare Part Dieu à Lyon.

L       comme livre, qui est au centre de ce prix et c’est rare et c’est bon et c’est important de dire cela.

L       comme lectures, qu’elles étaient belles ces lectures à Paris comme à Saint Priest, qu’ils étaient       beaux et touchants ces jeunes lecteurs apprentis acteurs d’un soir et comme ils faisaient plaisir à voir.

I        quelle belle idée que ce prix qui donne la parole la vraie, qui la déclenche, lui donne de l’importance, loin des poncifs de la communication, ici nous sommes dans la vraie démarche citoyenne de « je donne un avis ».

D          comme déception, oui je l’avoue il y a trois ans quand Alice pour le moment est arrivée sur la deuxième marche du podium j’ai été déçu non pas par pure vanité mais pour toutes les raisons évoquées ci dessus.

R         un rêve. I have a dream. Que ce prix puisse DONNER L’ENVIE, l’envie de lire, d’écrire. Et si on touchait du doigt le rêve…

A        Aligre, la radio, autre très beau souvenir, quand des jeunes prennent la parole qui leur est offerte sur une bonne radio associative humaine et intelligente.

M       agique ces rencontres dans les classes, ces regards critiques qui vous sont adressé avec fermeté , gentillesse et bonne humeur.

COLLIDRAM c’est tout ça, c’est magique, c’est intelligent et simple à la fois. C’est essentiel

Sylvain Levey

Suzanne Lebeau

Bruit des os
Lauréate du prix Collidram 2010
avec LE BRUIT DES OS QUI CRAQUENT
éditions Théâtrales

Le Bruit des os qui craquent et COLLIDRAM

Oui, il est beau ce prix, il est précieux. Il dit ce que les mots souvent ne savent pas expliquer. Il  me rassure sur  l’intelligence féroce des jeunes lecteurs, des jeunes spectateurs. Il crie leur force morale, leur curiosité sans limites pour le monde qu’ils habitent.

Je vous raconte brièvement l’écriture et la carrière du texte et vous comprendrez la profondeur de ma joie.  Je marchais à Montréal contre la guerre en Iraq en janvier 2003. Il faisait moins 40 degrés. Enfants et adultes marchaient main dans la main. Trois mois plus tard, nous étions encore ensembles, enfants et adultes, devant nos postes de télé pour regarder en direct la guerre qui venait d’être déclenchée. Je pensais aux enfants qui perdaient leur maison, leurs amis, leur école. Je pensais à nos enfants qui avaient marché dans un froid sibérien. Je pensais aux questions qu’ils devaient se poser sur les adultes qui vivent avec de si grandes contradictions… quand j’ai vu un documentaire sur les enfants soldats, dans une analyse et une mise en contexte qui m’ont bouleversée, moi qui ai toujours l’impression d’avoir beaucoup vu et de rester aux aguets.

Je réalisais, peut-être parce que j’étais à réfléchir sur l’enfance en temps de guerre, que ces enfants soldats vivaient la pire de toutes les situations, celle d’être à la fois victime et bourreau sans avoir choisi leur destin. Ils sont kidnappés, drogués, entraînés dans des gestes qui leur font oublier toute possibilité de retour à la vie normale. J’étais bouleversée et incapable d’oublier. Je sentais l’appel de la page blanche mais je doutais, bien sûr de la possibilité d’écrire l’histoire d’un enfant soldat pour nos enfants que nous essayons désespérément de protéger de la vie elle-même.

Ce sont les enfants qui m’ont donné le courage d’écrire ce texte, ceux de chez nous à qui je suis allée montrer le documentaire qui m’avait tellement bouleversée. Ce sont les enfants qui m’ont permis de croire à la résilience, ceux que je suis allée rencontrer en RDC, deux ex-enfants soldats pendant 5 ans. Ce sont les jeunes spectateurs qui m’ont donné le courage d’inviter les écoles et les jeunes publics aux représentations car ils ont su lire l’histoire d’espoir dans Le bruit des os qui craquent quand les adultes se sentaient désespérément coupables, responsables et impuissants.

Enfin, ce sont les collégiens, vous tous qui avez lu, analysé, commenté, discuté et choisi une histoire dure, c’est vrai, une histoire dure mais vraie, qui malheureusement dure encore dans un monde sans bon sens. Merci d’être lecteurs d’abord, êtres humains et citoyens braves et clairvoyants. Merci de ce courage que vous me donnez de croire encore à un monde meilleur, vous tous qui êtes notre avenir.

Suzanne Lebeau

Luc Tartar

Yeux anna
Lauréat de l’inédiThéâtre 2010
avec Les Yeux d’Anna ; Lansman éditeur

La part belle

Saint-Denis-de-la- Réunion, mai 2010, festival Bat la lang. Mon téléphone sonne.  Je gare sur le côté ma vieille voiture de location et je décroche. C’est Pascale Grillandini, de l’association Postures, qui m’apprend que Les yeux d’Anna vient d’obtenir le Prix de l’Inédithéâtre 2010. Je suis fou de joie. Je descends de cette guimbarde et je marche dans la rue, de long en large. Je m’assieds, je me relève.  Je téléphone en métropole, malgré la distance. Je préviens mon entourage, les gens qui comptent dans ma vie, signe que la nouvelle est d’importance.

Recevoir ce « prix lycéen de pièces inédites » me touche profondément. Au-delà de la gratification de voir récompensé mon travail, c’est surtout le lien fait avec les jeunes qui me remue.

De retour en métropole, et accompagné de Pascale, je rencontre les classes qui ont choisi ce texte et je constate avec émotion combien les  lecteurs ont adhéré à cette écriture et défendu cette histoire de différence et de liberté.

Au cours de nos échanges, des questions importantes sont abordées, tant au niveau du thème et de son inscription dans notre monde d’aujourd’hui qu’au niveau des personnages et de la dramaturgie.  Pourquoi Anna, personnage principal, n’apparaît-elle jamais physiquement dans l’histoire ? Pourquoi avoir choisi comme « différence » des yeux vairons ? Et cette question, à laquelle je ne m’attendais pas : « Monsieur, pourquoi Anna n’a-t-elle pas décidé de porter des lentilles pour cacher sa différence ? » Je reste coi quelques secondes, conscient que nous sommes là au cœur du problème et puis je saisis la perche qui m’est tendue pour préciser ma pensée : non Anna ne veut pas se cacher, Anna assume sa différence. Le regard que ces adolescents posent sur mon travail est roboratif et nos discussions dépassent le cadre même du texte et viennent flirter avec l’engagement, le sens de la vie.

C’est bien le sens profond de l’Inédithéâtre, qui allie la découverte des textes et l’apprentissage du monde. Parce qu’il fait le lien entre les auteurs dramatiques, les jeunes, le théâtre et le livre, ce prix fait la part belle à la transmission du goût pour la lecture, pour la culture et in fine à la transmission du goût pour la vie. En confiant aux adolescents la responsabilité d’un choix, les partenaires du projet posent un acte à la fois pédagogique et civique. En usant de cette confiance avec liberté et pertinence, les lycéens font preuve d’indépendance, de maturité et de foi en l’avenir.

Bravo aux organisateurs, association Postures, Théâtre de l’Est Parisien et Editions Lansman, pour la très belle organisation du prix. Bravo et merci aux lycéens d’avoir mis là-dedans de la curiosité, de l’envie, de l’énergie, de l’humour et un certain enjeu, celui que nous ressentons tous face à la marche du monde.

Lors de la séance de dédicace finale, une lycéenne m’a remercié en me confiant son espoir : « Moi je crois que Les yeux d’Anna peut faire changer les mentalités ». Je n’ai pas osé la décevoir, la contredire.  Et puis je me suis interrogé. Pourquoi j’écris ? Pour nourrir ma révolte ? Ne reste-t-il pas quelque part, au fond de moi, ce désir fougueux de faire bouger un tout petit peu les choses ? Ce qu’on pourrait appeler l’incompressible espoir, ou pourquoi pas, la part belle…

Luc Tartar

Karin Serres

Louise les ours

sélectionnée par le comité de lecture franco-suédois
avec Louise / les ours  éditions l’Ecole des loisirs

Réveillée par le jour
Impressions sur les comités de lecture jeunesse Postures/ Riksteatern

Je travaille depuis assez longtemps avec Pascale Grillandini : elle m’invite à rencontrer des jeunes avec lesquels elle a travaillé l’un de mes textes, parmi d’autres, dans le cadre de ses comités de lecture en milieu scolaire. Plus le temps passe, plus j’accepte d’emblée chaque invitation de Pascale, sûre que chaque rencontre de ce genre sera aussi profonde que surprenante, et c’est rare.

Ce qu’elle a inventé, c’est une façon de donner aux jeunes (et à tous) les moyens d’argumenter personnellement, c’est à dire de comprendre ce qui le ou la touche profondément. Com-prendre : prendre avec soi. A l’opposée du “j’aime/j’aime pas” consumériste, les amener à faire un choix personnel intelligent car profond et actif, en toute connaissance et lucidité. Or c’est vers cette rencontre-là que je tends chaque fois que j’écris du théâtre, en particulier pour les jeunes : rencontrer des individualités dans toute la richesse de leur diversité.

Karin Serres

Sébastien Joanniez

Désarmés
lauréat du prix Collidram 2009

avec Désarmés, cantiqueéditions Espaces 34

 

 

J’étais perdu, avec mon cantique sous le bras, au milieu du champ de bataille. J’avais l’espoir, la tendresse, toutes ces faiblesses qui nous font presque la honte dans le monde. Tellement le monde ressemble à rien, sauf au contraire d’un cantique.

Alors j’étais là, la peau d’espoir en chair de poule, et faible comme une bougie, comme un crépuscule, comme un murmure. J’avais aussi l’impression d’être seul, et même un peu moqué, à cause de mes histoires d’amour et de paix qui s’imaginent même pas sur un champ de bataille.

Et puis Pascale Grillandini s’est approchée, elle a lu « Désarmés », elle est repartie et elle est revenue avec des élèves, des profs, des classes, des collèges, des théâtres, des bibliothèques, des comédiens. On s’est vite retrouvés nombreux au milieu du bazar. On a commencé à pousser un peu les combattants sur le côté pour avoir une place. On leur a demandé de faire moins de bruit. D’aller se castagner ailleurs. Parce qu’on avait des choses à se dire. Parce qu’aussi ça fait un moment qu’on a laissé le sang couler, les larmes. Alors on aurait besoin d’une pause. Simplement pour s’écouter, se voir, se rencontrer.

Petit à petit, ça nous a fait du silence, et on a pu discuter.

Ils avaient eu le temps de se poser des questions sur mon cantique, et des intelligentes, spontanées, fraîches et même carrément franches. Ils ont toujours l’enfance avec eux les jeunes, ils rebondissent. Pour peu qu’on les accompagne, ils se lancent.

Et là, Pascale et les autres du Collidram, ils ont la volonté, le sourire, l’énergie des montagnes : ils emmènent avec eux le monde, ils le changent.

Sébastien Joanniez

 

Dominique Richard

Journée

lauréat du prix Collidram 2008
avec Une journée de Paul ; éditions Théâtrales

 

Je suis très honoré par ce prix. Aucun autre n’aurait pu me faire plus plaisir. D’abord parce qu’il poursuit une histoire longue de dix ans déjà, avec l’Aneth, qui a découvert mon premier texte, Le journal de Grosse Patate, et qui lui a permis d’être publié. Sans Pascale, Mireille, Françoise, je n’aurait jamais écrit Une journée de Paul.

Ensuite parce que grâce à cette aventure, j’ai eu la chance de croiser des auteurs que j’admire et dont j’aime les pièces. J’espère parler aussi en leur nom, prêter ma voix pour ensemble raconter l’amour du théâtre et de l’écriture, défendre celle qui questionne l’enfance et l’adolescence aujourd’hui, et mettre mes pas dans les traces de ceux qui, depuis des années, le font sans relâche, Suzanne, encore Françoise, Catherine, Philippe, Karine…

Enfin, je suis très heureux que ce soit vous qui me l’aient descerné, après de longues discussions passionnées. Il fallait choisir un texte, cela vous a coûté, mais grâce à vous c’est l’ensemble du projet qui est récompensé, de vous savoir des lecteurs enthousiastes et exigeants.

Je suis aussi particulièrement ému que ce soit ce texte-là, justement, qui vous ait touché. C’est une commande de la compagnie du Réfectoire, et ce prix réjouit tous ceux qui ont participé à ce projet. C’est un texte qui m’a échappé, qui s’est presque écrit malgré moi, un texte sur le deuil et l’identité quand il était question des rêves d’une jeunesse d’aujourd’hui, comme si l’adulte que je suis devenu se demandait ce qu’il pouvait bien vous transmettre, s’il en avait le droit et la force.

C’est aussi une pièce sur le théâtre, car le théâtre est l’art de la cérémonie, de l’évocation des morts, le rêve fou de faire revivre les absents, en chair et en os, dans le présent de la représentation. Les plateaux de théâtre sont toujours remplis de fantômes, personnages évanouis, acteurs qui les ont interprété, spectateurs disparus… Les morts écoutent quand on parle d’eux, alors je pense aussi à tous ceux auxquels je songeais en écrivant.

On n’est jamais seul quand on écrit, toujours plein de tous ceux que l’on aime. On les porte en soi et ils vous emmènent dans leurs rêves. Tout ce que je sais de moi, c’est ce que j’ai tenté d’écrire, guidé dans ma nuit par la lumière de mon enfance, par le souvenir de ces présences familières.

Continuez de devenir comme vous êtes, pleins d’enthousiasme et de générosité, remplis de la gravité de la jeunesse, loin du sérieux des adultes, toujours plus convaincus que “vivre est un privilège, pas un problème”…

Encore merci, à l’amour du théâtre et des textes…

Dominique Richard

 

 

Dominique Wittorski

Ohne

lauréat du prix Collidram 2007
avec Ohne ; éditions Actes Sud -papiers

 

J’ai écrit Ohne à la suite d’une commande de France Culture… Et lorsque France Culture a reçu le texte, ils l’ont trouvé d’un niveau qui valait la peine, comme on dit. Exigeant comme il faut, drôle comme c’est plutôt rare… en quelque sorte.
J’étais comblé : France Culture avait trouvé Ohne à la hauteur de l’exigence de son antenne, pour une dramatique diffusée à 20h30 !
Et voilà qu’aujourd’hui, ce sont les collégiens qui distinguent Ohne parmi cinq textes. Ils ont trouvé le texte à leur aune. Une langue qui leur parle, une réflexion sur l’exclusion qui leur ressemble.
Merci à eux.

Merci pour ce geste qui ressemble au grand écart : à gauche France Culture et à droite les collégiens.
Et puis non ! Il n’y a aucun grand écart justement. Il y a ce 31 mai 2007, et cette évidence que nul ne devrait jamais plus remettre en cause : il n’y a pas de fossé entre la culture exigeante et la soif des collégiens. Il n’y a pas de chose qui soit hors de portée.
Je suis fier de recevoir ce prix de ces collégiens (de ZEP dites-moi !), et ils peuvent être fiers d’eux : ils ont démontré qu’elle n’existe pas cette jeunesse dont on nous rebat les oreilles, qui ne sait plus lire, qui est paresseuse, qui glisse vers l’éternelle facilité, vers le consommable, vers le vide… Une jeunesse au cerveau qui ne penserait pas… Il y aura, pour moi, le 31 mai. Et plus personne ne pourra dire, comme on l’a entendu et lu sous la plume des « penseurs d’aujourd’hui » : « leur façon de parler, c’est le problème, ils démontrent leur incapacité à penser ». Ohne parle de cela tout au long du texte, et tente de le battre en brèche avec humour et férocité. Les collégiens l’ont bien lu… eux qui savent exactement de quoi ça parle dans leur vie de tous les jours.

Merci vraiment. Voilà le monde qu’on divise quotidiennement, voilà le monde où l’on monte les uns contre les autres, les compétents contre les incompétents, les travailleurs contre les paresseux, … voilà ce monde obligé de se réunir : des collégiens et France Culture aiment la même chose ! Et grâce à ce prix, les collégiens peuvent le faire savoir. Ah ! si la médiatisation pouvait être aussi intense que quand une voiture brûle… Rêvons d’un rouleau compresseur médiatique qui dirait « les zep ont soif de France Culture » !

Dominique Wittorski